🇨🇺 BARACOA >> PINAR DEL RIO 🇨🇺

« Je dis la merveille de la beauté de cette terre, et de ces arbres où l’on trouve pins et palmiers, et de vastes étendues pastorales est la plus belle chose au monde » (Journal de bord de la Pinta, caravelle de Christophe Colomb). Point de départ de ma découverte de l’Amérique à vélo, ainsi fut décrite la baie de Baracoa par Christophe Colomb le 28 octobre 1492.

 

Et ce n’est que dans les années 1960 que l’isolement de Baracoa du reste de l’île fut rompu avec la construction de la Farola, tronçon montagneux de la Carretera Central par lequel nous égrainons nos premiers kilomètres cubains. Ici, l’Histoire est omniprésente mais, ce sont les petites histoires qui feront la nôtre sur cette route qui nous mène à Santiago de Cuba : la transe extatique d’une cérémonie mystico-religieuse à laquelle nous assistons à la sortie de Baracoa, l’invitation d’un guajiro à un rafraîchissant riz au lait et un café senteur locale moulu à l’ancienne, notre première nuit sur les hauteurs de l’Alto de Cotilla et sa vue imprenable sur la Sierra del Purial, la suivante, les visages illuminés par le feu sacré sur la côte calcaire surplombant la mer des Caraïbes non loin de Baitiquri, la traversée de Guantanamo et enfin, l’échouage à Yerba de Guinea, cueillis par l’orage tropical, accueillis chez l’habitant.

 

 

À Santiago de Cuba, nous retrouvons la famille qui m’avait hébergé une semaine plus tôt lors de mon arrivée en provenance directe de l’hiver parisien de cette toute fin décembre. Ce matin-là, sous le regard incrédule de ma mère, j’avais levé l’ancre avant l’aube et sous la neige pour rejoindre à vélo l’aéroport d’Orly et lancé, pensais-je alors, mon tour du monde. Le soir, je la jetais sous les tropiques. 

 

Deux jours après mon entrée à Cuba et la veille du passage à la nouvelle année, j’embarquais à bord du train Santiago – La Havane pour rejoindre JB et Mathieu tout juste débarqués du Mexique. Et quel train ! Toute l’île à traverser, un conducteur qui déserte en gare de Camaguey pour pouvoir passer le nouvel an en famille, des heures à attendre son remplaçant, des arrêts à chaque gare (et entre les gares) pour autant d’occasions de ravitailler les passagers en…rhum. Ajoutez à cela la musique envoutante, la chaleur accablante et au terminus de La Havane, c’est un « trhumatisé » soldat vert-olive qui violit. Véridique !

 

 

Quelques jours plus tard, c’est en revenant tous ensemble de La Havane, par train jusqu’à Bayamo puis, par camion jusqu’à Santiago, qu’en déchargeant de nuit nos 3 vélos et notre douzaine de sacoches, l’une d’entre elles se verrait happée en contrebas d’un talus par une main voleuse. Ni une ni deux, suivi de JB, j’engage la course-poursuite. De longues minutes durant, sous les regards éberlués, nous fendons la pénombre d’un quartier inconnu et enfin, fondons sur le filou qui, à bout de souffle et pour assurer sa fuite, finira par abandonner son butin. Sans coup férir et sous les vivats d’une foule excitée par le spectacle, nous récupérons notre bien. Face aux nombreuses techniques et tentatives de vol, un voyageur au long cours développe naturellement une expertise presque paranoïaque de la vigilance. Nous le verrons plus tard (Bolivie, Brésil), sans aucune garantie de succès éternel…

 

Cette mini-étape orientale bouclée à Santiago, nous élaborons le programme des trois prochaines semaines : la province occidentale de Pinar del Rio et une escapade au Costa Rica pour le duo JB/Mathieu, la traversée totale de Cuba en solitaire pour moi. Retrouvailles au Pérou début février !

 

Omniprésente Histoire, disais-je ! De Santiago de Cuba et sa Caserne de la Moncada toujours criblée des impacts de balles de l’attaque des révolutionnaires en 1953, à la Sierra Maestra où les guérilleros s’établiront et dont je longerai, pendant 300 km, le flanc caribéen jalonné de champs de batailles convertis en autant de lieux du souvenir, en passant par le site de débarquement du yacht des Barbudos non loin de Niquero puis, Santa Clara, son mausolée du Che et son mémorial à la prise du Train Blindé, sans oublier Playa Girón (dans la Baie des Cochons) mémorable pour sa tentative d’invasion d’exilés cubains soutenus par les États-Unis et pour l’attaque impitoyable d’une armée de moustiques que j’y subis, m’obligeant à fuir et à trouver refuge pour la nuit dans les locaux d’une pharmacie toute proche (dès l’aube, les brigades de fumigation entreront en action) et enfin, les secteurs de Mariel (exode des Marielitos) et de San Diego de Los Baños (crise des missiles de 1962) que je traverserai, difficile d’échapper au roman national.

 

Pour le mien, parmi de nombreux autres souvenirs (la visite d’une plantation de tabac vers Viñales, une nuit sur les plages de Varadero, les fruits, les boissons et les mets locaux savourés au bord des routes, la musique, les fêtes populaires, les trajets en moto à 1 dollar à Santiago, les instants sur le Malecón et dans les jardins de l’Hôtel Nacional à La Havane, la découverte des Mogotes, les impossibles alizés de face pour revenir vers La Havane depuis Pinar del Rio…), si je devais ne garder qu’une image, ce serait celle de ma soirée à Cartagena, petite localité où j’arrive après avoir effectué les 60 km qui la séparent de Santa Clara. Déjà, une famille me propose l’hospitalité et après dîner, m’invite même au « cinéma » : un petit écran noir et blanc posé sur une table bancale, des dizaines de chaises toutes occupées, des enfants assis par terre, d’autres qui courent, qui jouent, des anciens qui papotent et, dans ce joyeux tumulte, un film qui, face à la concurrence déloyale du spectacle effervescent qui s’emparait de la salle, ne parvenait que très difficilement à capter l’attention du public. Quel moment de grâce ! Gracias Iris !

 

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